A propos des Clepsydres, vitrines ou « boites »

Réflexions sur une « mise en boites »  

Mes vitrines, mes boites sont la synthèse de tout ce qui vient d’être évoqué : l’écriture, la ville, la transparence et surtout  le travail de préservation et de mémoire.

Elles sont un peu comme les vitrines de Joseph Cornell, celles de Daniel Spoerri ou les boites de Boltanski, elles sont la référence à la collection utile, celle qui est là pour montrer, pour témoigner, pour préserver…
Elles sont un  écho à la boite à secrets, la boite aux trésors de l’enfance, aux souvenirs, la boite à cadeaux, elles sont également une référence à la boite à archives et dans leur symbolique extrême, elles sont  l’évocation de la boite ultime : l’urne, le reliquaire, et pour rester dans les analogies avec le monde de l’enfance : elles peuvent, parfois, faire penser au cercueil de verre de « Blanche Neige » éternellement préservée de la dégradation, de l’altération, derrière sa vitre.

Réflexion sur la transparence, leur élaboration m’a fait m’interroger sur un dilemme crucial : comment donner l’illusion de monter totalement ce que l’on désire cacher dans une boite?
Nietzsche dénonçait l’idéal trompeur de la prétendue transparence, la transparence assimilée à la Morale,
la transparence devenue tyrannique. À force de chercher la vérité intrinsèque, nous sommes parfois voués à la perdre, une « mise à nu » trop radicale ne libère pas du voile.
En usant de la transparence et de l’apparente fragilité (la paroi de verre devenant un lieu de passage pour la lumière et la vérité), je crée un « double jeu », l’art est fait pour montrer, la boite pour cacher, mes créations deviennent ainsi, paradoxes. En fait  je ne dévoile que les contours en faisant participer le spectateur à mon travail de mémoire, de préservation. Ainsi certains peuvent se poser la question : « Et moi, qu’ai-je laissé dans la rue, qu’est-ce qui, ici, est une part de moi ? »

Grâce à la transparence, l’œuvre nous regarde tout autant qu’on la regarde. Dans chaque boite une vie se cache. L’œuvre devient aporie, certains éléments sont rendus d’autant plus visibles qu’ils sont enfermés et la transparence n’implique pas pour autant de les exhiber, elle est une invitation à la curiosité. Certaines choses doivent demeurées cachées, certaines autres doivent être révélées.
Chaque boite est un espace intime, voilé et dévoilé, montré et caché, jeux d’opposition encore.
Chaque contenu de chaque vitrine semble dérisoire, il est pourtant précieux, chaque contenu est un secret, chaque contenu est un trésor, chaque contenu semble à l’abri du temps et de l’usure.
En suspens, en points d’exclamations,  il y a ces « goutte à goutte» figés, raides, statufiés. Des gouttes qui renvoient à l’écoulement, aux larmes, à ce qui passe, ce qui est versé : au temps qui se répand sans possibilité de retour, aux clepsydres, horloges hydrauliques, aux bouliers …

Ces œuvres sont interactives, prévues pour être manipulées.