Jean-Patrice ROZAND Exposition Collégiale Saint-Barnard Juin - Septembre 2015

Véronique Ognar à Saint-Barnard

Véronique Ognar connait tous les pouvoirs du feu. Les plus féconds, car comme artiste travaillant le verre à chaud, elle sait donner au matériau la forme et la lumière qui luira dans notre regard, et les plus destructeurs aussi puisqu'elle a connu la terrible épreuve de l'incendie de son atelier qui, en quelques instants, a détruit la totalité de son œuvre.

C'était il y a un peu plus d'un an.

Avec une inventivité et une énergie hors du commun, elle a su très vite surmonter ce grand traumatisme en se remettant au travail pour proposer deux expositions dans les six mois qui suivirent.

Ces œuvres "d'après" furent toutes créées avec du verre de tonalités variéesdans des associations d'éléments de bois calciné retirés des décombres.

Il faut y voir là comme la forte affirmation de renaissance d'une œuvre, qui tel le phénix surgit neuve de ses propres cendres. 

Au-delà de la marque que cet évènement majeur aura laissé sur la démarche de Véronique Ognar, cette exposition de Saint-Barnard nous montre aussi comment l'artiste sait nous rendre sensible le passage de l'ombre à la lumière, son rythme dans notre regard.

Dans ses œuvres, la lumière s'absorbe dans les noirs veloutés du carbone, nous scrutons cette profondeur et son dessin. Notre regard se perd dans ses nuances, et s'y accommode pour les saisir.

Puis la lumière glisse sur les surfaces du verre, scintille et se dédouble. Ce verre est parfois noir lui aussi, ou parfois clair comme de la glace.

Le verre se maille. Les entrelacs, les signes s'écrivent dans l'œuvre comme une calligraphie, tantôt de reflets animés par notre propre mouvement, tantôt de profondeurs venus de notre attention captivée, comme suspendue.

Cette manière de faire apparaitre un chemin entre ombre et lumière, de dégager une émotion qui ne se livre pas d'un simple coup d'œil en respectant les temporalités de notre lecture, n'est pas sans analogie avec les beautés de l'art d'extrême orient.

De même, en offrant à notre regard cette retenue et cette force de doux mystère, Véronique Ognar nous évoque les trames de la mémoire, avec ses parts de rêveries et de sensations.

Nul doute qu'à Saint-Barnard, la lumière sobre qui nimbe la Chapelle accompagne l'esprit à une juste et profonde contemplation de ces savantes modulations. 

 

 

                                                                Jean-Patrice Rozand